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Nouvelles d'Afrique

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2007

Editées par : Jacques Dussek, Azzédine Oukali, ,

TCHAD. IDRISS DEBY,  BRAS DE FER AVEC LA BANQUE MONDIALE.
Le gouvernement d'Idriss Déby assure que la révision de la loi sur la gestion des revenus pétroliers lui permettra de résoudre ses « problèmes de salaires, d'insécurité et de fonctionnement de l'administration ».

Vendredi, le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz a annoncé l’arrêt de tous les programmes de financement au Tchad, soit 124 millions de dollars de prêts gelés. A l’origine de cette sanction sans précédent, la révision de la loi prévoyant l’utilisation des revenus pétroliers, révision intervenue à l’assemblée nationale tchadienne, le 29 décembre dernier. La loi encadrait notamment la création d'un fonds d’épargne et une série de restrictions dans l’utilisation des revenus du pétrole pour garantir une bonne gouvernance.

« La décision de la Banque, que les concertations en cours ne laissaient nullement présager, survient dans un contexte particulièrement difficile pour le Tchad et surprend par sa brutalité ». Ces mots de Mahamat Ali Hassan, ministre tchadien de l’Economie, du Plan et de la Coopération, répondent à la décision rendue publique vendredi par la Banque mondiale de geler son programme de 124 millions de dollars, du jamais vu au Tchad.

« Nous avions un accord et cet accord a été rompu », avait déclaré vendredi le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. Le 29 décembre dernier, l’Assemblée nationale tchadienne a en effet adopté une modification de la loi sur le pétrole, votée en 1999, qui régit la gestion des revenus pétroliers. Pour la Banque mondiale, cette loi constituait le fondement de la coopération entre les deux partenaires et surtout devait servir de modèle à travers le monde pour garantir la bonne gouvernance et la bonne gestion dans un domaine souvent opaque en Afrique, celui du pétrole.

La Banque joue sa crédibilité

Alors que l’exploitation du pétrole au Tchad a été très contestée et fait l’objet de nombreuses polémiques, la Banque mondiale, en décidant de s’engager dans ce projet, a joué sa crédibilité. L’institution bancaire internationale a fait de ce programme un projet vitrine.

Elle n’est pas d’accord avec plusieurs amendements opérés par le Tchad. Les plus contestés sont la suppression du fonds pour les générations futures, la notion de secteurs prioritaires élargie à la sécurité ou à l’administration ; et la part revenant au Trésor, qui a été doublée.

Le Tchad fait remarquer que les prêts de la Banque mondiale ne font qu’augmenter la dette extérieure du pays « dont l’encours, fin 2005, s’élève à 872 milliards francs CFA », explique le ministre tchadien de l’Economie et du Plan. « 475 milliards sont dus au seul groupe de la banque (mondiale), tous guichets confondus. Le service de cette dette pèse lourdement sur les finances publiques, privant celle ci d’atouts considérables pour financer son développement ».

La position du Tchad, attendue depuis la veille, jour de l’annonce officielle de la Banque mondiale de suspendre tous ses crédits, est celle de la surprise et de l’apparente fermeté. Alors que le président de la Banque mondiale demande au Tchad de revoir purement et simplement sa décision de modifier la loi portant sur la gestion des revenus pétroliers, le gouvernement invite l’institution financière à reconsidérer sa position. Un dialogue de sourds même si chacune des deux parties a bien tenu à préciser que les négociations n’étaient pas rompues. Paul Wolfowitz a indiqué qu’il aurait le président Idriss Deby au téléphone la semaine prochaine.

Reste à savoir quelle sortie honorable pourra être trouvée. Il n’est guère possible pour le Tchad, dans une situation financière catastrophique, de renoncer à l’appui des bailleurs de fonds et de rompre avec la Banque. Pour autant, revenir totalement sur cette décision semble également peu probable, le président Idriss Deby ayant réitéré son attachement à la souveraineté, « une notion qui place haut la barre des discussions », soulignait un observateur.

 

LA CAPTURE DE SADDAM HUSSEIN EN IRAK A 12 H 15

C'est confirmé: l'ancien président irakien a bien été capturé samedi soir, dans son fief, près de Tikrit par un commando américain. Il se cachait dans une ferme et n'a pas opposé de résistance.

Bagdad, dimanche 14 décembre, 12 heures 15 TU : (Mesdames, messieurs, on l’a eu , s’exclame l’administrateur civil américain de l’Irak, Paul Bremer, en entamant son point presse, alors que des cris de joie et de soulagement fusent de la salle. Cette annonce de la capture de l’ancien président irakien fait suite à deux longues heures d’incertitude au cours desquelles l’information avait largement filtré sans toutefois être confirmée.

Paul Bremer explique que la capture a eu lieu vendredi soir, vers 20 heures 30 heures locales, près de Tikrit. Selon lui, un commando américain investit une petite ferme dans laquelle il découvre une cave. C’est là que se cache l’ancien chef d’Etat qui n’a pas opposé de résistance à son arrestation. Les images tournées par l’armée américaine montrent l’ancien président hirsute, portant une barbe fournie et se laissant examiner par un soldat portant des gants en caoutchouc. C’est probablement au cours de cet examen qu’un prélèvement a été effectué sur Saddam Hussein afin d’établir, par l’examen de son ADN, la preuve de son identité. Il a été conduit peu après dans un endroit tenu secret, a déclaré le porte-parole militaire de Paul Bremer qui assure que «cette capture va marquer le début de la réconciliation pour le peuple irakien».

L''ancien président irakien a bien été capturé samedi soir, près de son fief de Tikrit par un commando américain. Il se cachait dans une ferme et n'a pas opposé de résistance. De nombreuses réactions de satisfaction et d'espoir sont enregistrées. Des voix s'élèvent pour appeler au jugement de l'ancien raïs.

Paul Bremer explique que la capture a eu lieu samedi soir, vers 20 heures 30 heures locales, près de la ville d’al Dour, au sud de Tikrit. Selon lui, un commando américain investit une petite ferme dans laquelle il découvre une cave. C’est là que se cache l’ancien chef d’Etat qui n’a pas opposé de résistance à son arrestation. Les images tournées par l’armée américaine montrent l’ancien président hirsute, portant une barbe fournie et se laissant examiner par un soldat portant des gants en caoutchouc. C’est probablement au cours de cet examen qu’un prélèvement a été effectué sur Saddam Hussein afin d’établir, par l’examen de son ADN, la preuve de son identité. Il a été conduit peu après dans un endroit tenu secret, a déclaré le porte-parole militaire de Paul Bremer qui assure que «cette capture va marquer le début de la réconciliation pour le peuple irakien».

A l’annonce de l’arrestation, des tirs de joie ont retenti dans les rues de Bagdad. A Souleymaniyah, dans le Kurdistan, des orchestres de rue se sont réunis pour célébrer l’événement.

Ce sont des sources kurdes qui, les premières, ont révélé la nouvelle de la capture de l’ancien président irakien. Tout d’abord sous couvert de l’anonymat, un haut responsable de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) a annoncé que cette arrestation avait été le fruit d’une collaboration entre l’armée américaine et les forces spéciales de l’UPK et affirmé qu’il s’agissait «de la même force qui a arrêté Taha Yassine Ramadan à Mossoul», en référence à l’arrestation du vice-président irakien à Mossoul, à la mi-août. Puis l’information avait été confirmée par le président du Conseil de gouvernement transitoire irakien en visite à Madrid, Abdel Aziz al Hakim, qui précisait que le test ADN pratiqué confirmait l’identité du prisonnier.

De nombreuses réactions sont enregistrées. A Paris, la porte-parole de la présidence déclare que Jacques Chirac «se réjouit» et parle «d’événement majeur». Satisfaction en Israël où le président Moshé Katzav, en visite officielle en Chine, a déclaré que «c’est une excellent nouvelle pour Israël et un preuve que la communauté internationale ne tolérera pas qu’un Etat totalitaire soutienne le terrorisme international». «Je sous content lorsqu’on arrête un criminel, quel qu’il soit, je le suis encore plus quand ce criminel a commis tant de crimes contre les Iraniens», a déclaré de son côté le vice-président iranien. «C’est une très bonne nouvelle pour le peuple irakien», a estimé le Premier ministre britannique Tony Blair, «nous devons essayer maintenant d’unifier l’ensemble de l’Irak en reconstruisant le pays et en lui offrant un nouvel avenir». «Une victoire de la coalition» qui «pourrait changer la situation internationale», a déclaré le ministre roumain de la Défense.

C’est donc la fin d’une longue traque de neuf mois. Sa tête avait été mise à prix pour une somme de 25 millions de $. Ses deux fils avaient été tués lors d’un raid, le 22 juillet à Mossoul. Aujourd’hui, il semble définitivement acquis que Saddam Hussein ne gouvernera plus. Cela suffira-t-il à inverser la tendance et à entraver la détérioration de la situation en Irak ? Il n’est pas sûr que les forces d’occupation en tireront un bénéfice militaire ou politique immédiat, car l’influence réelle de l’ancien raïs sur la résistance de plus en plus vive que doit affronter la coalition n’est pas prouvée. En tout cas le bénéfice symbolique est certain. Washington vient de remporter une incontestable victoire et compte bien en tirer les bénéfice. Car la chute de «l’as de pique» aura un impact psychologique positif autant sur les troupes que sur l’opinion publique, toutes deux saisies par le doute depuis quelques mois. Et l’hôte de la Maison Blanche a bien besoin de renouer avec le succès avant d’affronter une autre bataille décisive, l’année prochaine, sur son front électoral intérieur.

Reste la question de savoir quel traitement sera appliqué à l’ancien président irakien. Le président du Congrès national irakien a annoncé que son «dossier judiciaire sera instruit». La question des armes introuvables de destruction massive ne semblant pas en mesure de fournir une accusation convaincante, la question des crimes commis par l’ancien dictateur contre son propre peuple est évoquée. Le Premier ministre britannique a notamment estimé que ce nouveau développement permettra «de juger Saddam Hussein pour ses crimes contre le peuple irakien». «Il est directement responsable de la mort de millions de personnes au cours des trente dernières années. Le moment est venu pour lui de payer pour ses crimes», a déclaré le chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar. Pour le ministre de l’Information koweïtien, «Grâce à Dieu, il a été capturé vivant, et il pourra ainsi être jugé pour les crimes abominables qu’il avait commis».

En marge de cette événement, l’explosion d’une voiture piégée devant le poste de police de Khaldiya, à l’ouest de Bagdad, a fait 18 morts, dont 16 policiers, et 29 blessés, dimanche matin.

CENTRE AFRIQUE. NOUVEAU GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS BOZIZÉ.

Redresser les finances publiques et assurer la transition vers l’Etat de droit. Le nouveau gouvernement centrafricain fraîchement nommé samedi soir a une immense tâche à accomplir. La nouvelle équipe est composée de 28 membres. Le président auto-proclamé François Bozizé conserve le portefeuille de la Défense nationale. Quatorze personnalités du précédent cabinet sont maintenues à leur poste. Ce gouvernement est le second depuis le renversement du président Ange-Félix Patassé par le général Bozizé, le 15 mars 2003. Peu après, ce dernier avait suspendu la constitution et dissous le parlement pour une période de transition qui devait prendre fin en 2004.

Célestin Gaombalet est un inconnu sur l'échiquier politique centrafricain. C'est un banquier à la retraite qui a notamment occupé le poste de directeur général de la Banque de développement des Etats d'Afrique centrale, une institution qui a son siège à Brazzaville au Congo. A Bangui, cet homme originaire du Centre-Est et de la même préfecture qu'Abel Goumba, a dirigé une petite banque commerciale, la Banque populaire maroco-centrafricaine.

Célestin Gaombalet a donc le profil d'un gestionnaire. Sur le terrain politique, il ne devrait pas faire d'ombre à qui que ce soit mais il devra savoir composer avec le microcosme politique centrafricain.

Rien à voir avec le vieil opposant qu'est Abel Goumba. Les consultations pour la formation d'un nouveau gouvernement d'union nationale ont finalement abouti samedi soir. Des sources proches du pouvoir déclarent que le consensus reste le maître-mot de la transition et qu’il s'agit de lui donner un souffle nouveau.

Quant à Abel Goumba, qui bénéficie auprès de la communauté internationale d'une image d'homme intègre et de démocrate, un poste de vice-président serait spécialement créé pour lui. On ignore encore si ce titre est purement honorifique ou si l'ancien Premier ministre aura de réelles prérogatives.

CAMEROUN. DES MAFRATS ATTAQUENT YAOUNDÉ.

Il ne se passe plus de jours dans la ville de Yaoundé, sans qu’on parle d’un citadin agressé et dépouillé par des malfrats, armés, et déguisés en chauffeur de taxi et passager. Beaucoup croient savoir que les bandits ont simplement changé de fusils d’épaule, face à l’action conjuguée des forces de l’ordre et aux dispositifs d’autodéfense mis en place par les populations. La police qui reconnaît que les brigands ne dorment jamais, se dit sereine, convaincue que la côte d’alerte n’est pas encore atteinte. Les citoyens ne demandent qu’à croire.

Le scénario est, à, quelques détails près, toujours le même. L’identité propre des acteurs a beau varier, le profil des victimes changer, rien n’y fait. Toujours ces taxis de ville, qui attendent en général aux alentours des gares routières, ou font la file où se bousculent les usagers de retour de voyage ou au sortir des bureaux. Toujours ces deux occupants, dont un chauffeur, et un passager, qui n’en sont en réalité pas. Toujours ces changements brusques d’itinéraires, ces destinations déviées. Et ces arrêts impromptus à des endroits les plus obscurs au centre-ville ou à la périphérie. Et ces scènes que les victimes racontent dans un étonnant chœur saisissant de similitudes. Cette employée du projet Croix-rouge camerounaise/HCR, qui, s’est faite agresser un soir, après 19 heures, du côté de la «montée du parc», un endroit mal éclairé, vers la sortie nord de la capitale. Cette journaliste que les bandits ont, semble-t-il failli jeter dans le lac municipal, au cœur de la ville, et qui n’ a échappé au supplice que grâce à un militaire qui, incidemment passait par là. Ou encore cette dame, qui s’est retrouvée prise en tenailles, a manqué de se faire violer, un soir par un pseudo-chauffeur de taxi, et un soi-disant passager, dans la broussaille, sur le tronçon sans éclairage, entre les installations de certains services du ministère de la Santé publique et le dispensaire, en pleine ville. Et des dizaines d’autres, hommes et femmes, qui racontent, avec force détails, leur enfer. Les sévices subis, comme les objets dont ils ont été dépouillés : un téléphone portable, un sac main, de l’argent, des bijoux.

Le corps d’une dame, retrouvé un matin, aux alentours du ministère de la jeunesse et des sports, près du… cimetière du lieu dit «vallée de la mort», où serpente une ruelle non bitumée, et non éclairée, réputée pour faire partie des itinéraires de prédilection des bandits, est venu certes suggérer que parfois, la mort n’est pas loin. Mais, la plupart des témoignages sont ceux des «survivants». D’autant que dans bien des cas, opèrent avec des armes, après avoir pris le soin de s’encagouler.

«J’ai emprunté le taxi du centre-ville pour aller du côté de Mballa 2. En plus du chauffeur, un monsieur que je prenais pour un passager avait pris place à bord à la cabine. J’ai été surprise de m’apercevoir que non seulement le taxi n’a pas fait de ramassage, mais aussi que notre itinéraire avait été modifié. Nous sommes retrouvés dans une rue derrière un hôtel de grand standing au cœur de la ville. Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé. Mais je sais que le chauffeur a commencé à ralentir, son complice est sorti, m’a serré le coup. Puis, ils m’ont demandé ce que j’avais dans le sac à main. Je leur ai dit qu’il y avait un magnétophone, une somme de 7000 Fcfa, un téléphone portable. Après avoir fouillé mon sac à main, ils m’ont demandé si je n’avais plus rien. Puis, l’un d’entre eux s’est mis à fouiller sous mon soutien-gorge, et ne s’est pas gêné pour chercher de l’argent dans mes parties intimes», se souvient Irène Njabun, une journaliste, qui se remet péniblement de ses émotions.

Et la chronique des jours tragiques s’enrichit quotidiennement de ses témoignages poignants.

Chaque jour, de nouvelles méthodes pour les malfrats

Aux yeux de nombreux citadins, ces braquages s’apparentent à une réponse de malfrats, toujours inventifs, déjà cernés par les forces de l’ordre, et rendus quasi-inopérants dans les quartiers où les populations se sont organisées en «comité d’autodéfense». Mais il persiste une impression générale d’incapacité des forces de l’ordre à mener une réelle bataille aux malfrats. A la police, où l’on reconnaît qu’il s’agit d’une situation préoccupante, on récuse le constat d’un regain d’insécurité, et on se veut serein. «Nous n’avons pas encore atteint la cote d’alerte en la matière. Dans tous les cas, si les circonstances l’exigeaient, la police déclencherait tout de suite les dispositifs adéquats», explique, sourire en coin, un haut cadre de la Délégation générale de la Sûreté nationale. Allusion à la mise sur pied, il y a quelques années, de «l’Opération harmattan» pour faire face à l’insécurité dans la ville de Yaoundé. Une opération qui semble justement en veilleuse depuis quelques temps. Il est vrai aussi qu’en 2000, le président de la République avait dû ordonner par décret, la mise sur pied du «commandement opérationnel», une mesure exceptionnelle, circonscrite à la capitale économique Douala, et ses environs, pour répondre aux insomnies que donnaient aux forces de l’ordre, des bandes de malfrats semant terreur et désolation.

Mais comment convaincre les victimes des opérations de Yaoundé, que la situation n’est pas aussi grave qu’elles le pensent ? Comment rassurer les autres citoyens que la police veille à leur sécurité, lorsque, comme le reconnaissent des responsables à la police, les bandits continuent d’opérer, mettant au point chaque jour de nouvelles méthodes ?

C’est finalement la parole des policiers contre les craintes des citadins. «A la police, les plus hautes autorités s’attellent à mettre sur pied une police de proximité, ainsi qu’en témoigne la création de plusieurs nouvelles unités dans le corps, qui devront nous aider à prévenir l’action des bandits», affirme un officiel. Qui ajoute : «Dans cette perspective, nous comptons aussi sur le dynamisme de nos centaines de jeunes éléments frais émoulus de nos centre de formation qui sont déjà sur le terrain».

Les citadins ne demandent qu’à croire. Peut-être ne sont-ils pas les seuls à rêver d’une ville où ils peuvent se déplacer débarrassés de la peur au ventre, dans ce pays où l’insécurité a souvent été cité comme un facteur peu susceptible de rassurer les investisseurs étrangers.

 

CÔTE D'IVOIRE-PARIS. LE PREMIER MINISTRE SEYDOU DIARRA EN FRANCE.

Le Premier ministre Seydou Diarra a conclu une semaine de visite en France par une conférence devant la presse étrangère à Paris. Il a réaffirmé sa foi dans la bonne volonté de tous les acteurs de la vie politique de réussir une sortie de crise en Côte d’Ivoire. Il s’est dit sűr de l’appui des autorités françaises pour le programme d’action de son gouvernement..


Le Premier ministre ivoirien en visite officielle à Paris rencontre les plus hautes autorités de l’Etat, mais également les représentants des milieux d’affaires français. Devant le Medef (le patronat français), le Premier ministre et sa délégation ont cherché à rassurer les investisseurs potentiels. Ils ont également appelé à la relance des activités économiques entre les deux pays.


Le soutien des institutions financières internationales et l’aide à l’économie de la Côte d’Ivoire sont strictement liés à l’application des accords de Marcoussis, signés le 24 janvier 2003. Tous les Ivoiriens en sont aujourd’hui convaincus. Les fonds promis par l’Union européenne tardent à venir et les arriérés des institutions financières, en soutien à l’économie, s’élèvent déjŕ à plus de 300 millions d’euros, selon les chiffres publiés par les services du Premier ministre. L’économie est exsangue et le plus inquiétant pour les experts ivoiriens est le manque de perspective et des coups de fouets nécessaires pour relancer les activités économiques. Les progrès effectués en matière de réconciliation nationale sont trop récents pour provoquer le déclic attendu auprès des investisseurs. Pour cela Seydou Diarra reprend l’initiative sur le plan international en rendant visite au premier partenaire de la Côte d’Ivoire qu’est la France. Point d’exercice de charme, mais plutôt étalage des réalités et des capacités de l’économie ivoirienne à repartir de l’avant : c’est l’essentiel de la prestation du Premier ministre devant les hommes d’affaires français le 29 juillet.

La Côte d’Ivoire qui est la troisième économie sub-saharienne, après l’Afrique du Sud et le Nigeria, connaît depuis trois ans une récession de son économie. La dégringolade des indices économiques correspond au saut dans l’instabilité politico-militaire que connaît le pays depuis Noël 1999. La chute des cours du café et du cacao (dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial), avait marqué, à la fin des années 90, le début des problèmes économiques qui allaient se doubler de discours politiques rejetés par une partie de la population, le tout faisant le lit des insurrections armées. Pour la première fois en Côte d’Ivoire l’indice de production industrielle est à -4,4%. Malgré cela, les chiffres publiés du commerce extérieur restent positifs, concernant l’exercice 2002. La Côte d’Ivoire avait dégagé un excédent de 830 millions de dollars de la balance des transactions courantes.

Les réserves des milieux financiers

Ces chiffres ne masquent pas la baisse actuelle d’appareil de production industrielle qui se fixe à -36,6% pour le premier trimestre 2003. Selon les chiffres publiés par la mission économique de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire, l’inflation serait en hausse de 4 % et sur le plan du commerce du détail une régression de 13,4% est notée. Le ralentissement de la consommation et des échanges nord-sud a pesé dans cette balance. C’est pourquoi le Premier ministre et son équipe parient sur les effets positifs de la réconciliation nationale qui réunifieront les échanges dans le pays, à travers les structures nationales, et non plus tournés vers le Mali et le Burkina Faso, pour ce qui concerne la moitié nord du pays. Le programme de Seydou Diarra prend en compte également l’évolution de la sécurité sur le plan national, assurée conjointement par les Fanci (Forces armées nationale de Côte d’Ivoire), les Français de l’opération Licorne, les forces de la CEDEAO et les Forces nouvelles (ex-rebelles), pour que les opérateurs économiques ne détournent plus leur route des centres et ports de Côte d’Ivoire.

Le pari du Premier ministre, naturellement très ambitieux sur l’avenir de la Côte d’Ivoire, rencontre tout de męme quelques réserves dans les milieux financiers. Le gouvernement a misé sur un taux de croissance de 1%, au lieu des 6% de ces dernières années pour établir son budget 2003 à 1 518,9 milliards de francs CFA, en baise de 17% par rapport au budget 2002. Les institutions financières émettent des doutes sur la capacité du gouvernement de trouver les recettes inscrites au budget. La réponse des autorités ivoiriennes est de convaincre d’abord ces męmes institutions et les bailleurs de fonds de libérer les fonds nécessaires pour appuyer les efforts engagés. Le problème de l’économie ivoirienne actuellement est celui de la confiance non retrouvée entre les différents acteurs. Les autorités ivoiriennes multiplient pour cela les signaux de climat politique apaisé. Le président de la République, qui a toujours tenu un discours de réconciliation, mais accusé de pousser ses supporters à dire tout haut ce qu’il pense tout bas, a fini par convaincre les siens de le rejoindre sur le męme terrain. La crédibilité des uns et des autres sur le plan politique apparaît désormais en Côte d’Ivoire comme un élément catalyseur pour la relance de l’économie.

Un premier signe de cette nouvelle orientation s’est manifesté par les déclarations de Charles Blé Goudé, leader des «jeunes Patriotes», mouvement de jeunes nationalistes qui soutiennent le président Laurent Gbagbo. Il prône désormais la réconciliation nationale et avoue son changement d’opinion concernant la France qu’il accusait de complicité avec les rebelles. Ce discours procède d’une prise de conscience que l’économie d’un pays ne se bâtit pas uniquement sur les potentialités nationales, mais qu’elle dépend en grande partie d’un climat de paix et d’une certaine confiance exprimée de tous les acteurs des différentes branches d’activité.


 

A LA FRONTIÈRE DU LIBÉRIA.
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) poursuit sa tournée des bailleurs de fonds potentiels pour trouver les 43 millions d’euros destinés à financer son Ecoforce en Côte d’Ivoire pendant le prochain semestre et surtout à lui donner l’efficacité nécessaire en portant ses effectifs de 1 300 à 3 200 hommes. Après Washington et le Conseil de sécurité de l’Onu à New-York, la délégation de la Cedeao est en route pour Bruxelles, capitale de l’Union européenne. Pendant ce temps, Abidjan et Monrovia se concertent sur l’opportunité d’une surveillance conjointe de la frontière ivoiro-libérienne avec le concours de l’Ecoforce et des troupes françaises de l’opération Licorne. L’objectif de cette double bataille, financière et diplomatique, est, ni plus ni moins, de sauver la paix puisqu’il s’agit de mettre fin au désordre militarisé de l’Ouest ivoirien, mais aussi de donner un nouveau destin aux anciens-combattants, dans la vie civile ou dans le cadre de la future armée nationale.

Dans son dernier rapport sur le Liberia publié le 22 avril 2003, le Conseil de sécurité explique que le président Taylor justifie ses importations d’armes par la montée en force de la rébellion des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (Lurd) qu’il accuse la Guinée et la Côte d’Ivoire de soutenir. Mais surtout, le Conseil rapporte que pour preuve de l’expulsion (du territoire libérien) des rebelles sierra-léonais du Front uni révolutionnaire (RUF), le ministre libérien des Affaires étrangères cite le consul ivoirien à Monrovia, qui a justement dénoncé la présence active du chef du Ruf, Sam Bockarie, en Côte d’Ivoire. En attendant un hypothétique verrouillage des frontières, l’Ouest ivoirien est ravagé depuis des mois par des groupes armés venus du Liberia ou de Sierra-Leone. Alliés ou adversaires du régime Taylor, ils poursuivent impunément leur chassé-croisé en Côte d’Ivoire oů ils se sont renforcés fin 2002 dans le sillage du Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (Mpigo) et du Mouvement pour la justice et la paix (MJP).

Les saute-frontières anglophones n’ont pas été pris en compte dans le cessez-le-feu hâtivement conclu le 8 janvier 2003 avec le MJP et le Mpigo désireux de participer aux discussions inter ivoiriennes de Marcoussis. A fortiori, les porte-fusils venus du Liberia n’apparaissaient pas non plus dans le cessez-le-feu accepté par le MPCI en octobre 2002. Pour les surveillants français et ouest-africains du cessez-le-feu ce sont donc des «incontrôlables» jamais officiellement identifiés et encore moins combattus pour autant qu’ils n’approchent pas des casques blancs. Une guerre de rapines et de règlements de comptes a ainsi pu se poursuivre derrière les lignes de front officielles, gelées par l’accord de paix. Ces «bandes armées» ont servi de prétexte ou de faux-nez aux ex-belligérants ivoiriens jusqu’ŕ ce que ce jeu de poker menteur connaisse une nouvelle donne avec la formation du gouvernement ivoirien de réconciliation nationale.

Réconciliation Gbagbo-Taylor ?

Tandis que les Ivoiriens de tous bords commencent à désavouer leurs alliés du Libéria ou de Sierra Leone– non sans combats mortels entre eux et avec eux – Charles Taylor plaide la légitime défense et voit peut-ętre męme avantage à changer de partenaire. Après tout, le président Houphouët-Boigny et son ancien chef d’état-major, le général-président Robert Gueď – pour ne citer qu’eux – étaient des alliés précieux. Pourquoi ne pas se réconcilier avec Laurent Gbagbo ? L’idée d’une force quadripartite à la frontière ivoiro-libérienne pourrait permettre au bouillant Taylor de redorer son blason international et de mettre une sourdine à son opposition armée qui ne cesse de proliférer, avec encore au nord-est du pays un nouveau mouvement rebelle issu de la mouvance du défunt président Doe et qui pourrait recruter lui aussi en Côte d’Ivoire. Samedi dernier, lors d’une rencontre au Togo, Laurent Gbagbo et Charles Taylor ont convenu de «la nécessité du déploiement immédiat de forces conjointe composées des troupes françaises de l’opération Licorne,des troupes de la Cedeao, des Forces armées ivoiriennes (Fanci) et des Forces armées libériennes (AFL) sur près de 200 kilomètres de Grabo à Gbapleu», c’est-ŕ-dire du côté ivoirien de la partie sud des 700 kilomètres de frontière entre les deux pays, une zone actuellement contrôlée par les Fanci.

Pour sa part, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan estime fondée la demande de ressources supplémentaires de la Cedeao. Le mois passé, à la suggestion de Paris, Kofi Annan avait męme recommandé au Conseil de sécurité d’apporter un renfort à l’Ecoforce et aux 3 900 soldats français avec «une petite opération comprenant des éléments de liaison militaire et d’autres relevant des droits de l’homme, des affaires civiles et des médias». Une Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (Minuci) de quelque 255 militaires et civils pour un coűt estimé de 27 millions de dollars pour un an. Trop cher pour une structure qui n’aurait pas la stature d’une opération de maintien de la paix avait objecté Washington. La Minuci paraît mort-née le 15 avril. Paris n’a pas relevé ce que certains ont commenté comme un dommage collatéral diplomatique de la guerre en Irak. De son côté, le département d’Etat américain assure que les Etats-Unis «travaillent étroitement avec la France, la Grande-Bretagne et d’autres membres du Conseil de sécurité sur une résolution qui, entre autres, mettrait en place une mission politique en Côte d’Ivoire».

Personne ne nie l’immensité du problème sécuritaire auquel sont confrontés tant l’Ecoforce et les troupes françaises d’une part que d’autre part le tout nouveau gouvernement de réconciliation nationale. Ce dernier peine à pourvoir les fauteuils sensibles de la défense et de la sécurité. Sur ce point, le bras de fer continue entre le président Gbagbo et le principal parti d’opposition non armée, le PDCI de l’ancien président Bedie. Mais pour que ce gouvernement puisse mettre en śuvre le programme politique rédigé à Marcoussis, le retour de la sécurité est fondamental. Or ministres nommés ou pas, les questions sécuritaires lui échappent largement. L’essentiel se joue à la frontière du Liberia mais aussi dans la mission cruciale de l’Ecoforce qui est chargée de l’application du volet militaire de Marcoussis, avec le concours des troupes françaises. Au final, il s’agira en particulier de former une nouvelle armée ivoirienne à partir d’éléments des anciennes forces belligérantes, cantonnées et démobilisées avant sélection et réinsertion dans la vie civile ou militaire. Le moment venu, ce sera un temps d’intenses tiraillements. Mais pour l’heure, c’est mission impossible, ce serait męme une tâche incongrue tant que la guerre venue du Liberia se poursuit à l’Ouest.

 

Jeydou Diarra, un «sage» qui a dirigé en 2002 le Forum de réconciliation d’Abidjan mais qui auparavant avait accepté de devenir le Premier ministre de Robert Gueï; Charles Konan Banny, actuellement gouverneur de la BCEAO (la Banque d’Afrique occidentale); et l’ancien Premier ministre d’Henri Konan Bédié, Daniel Kablan Duncan, qui a l’avantage de s’être fait quelque peu oublier depuis le fameux «putsch de Noël» 1999 et tous les tragiques événements qui ont ensuite ensanglanté le pays. Mais on ne peut exclure que le 'numero deux' du RDR, Henriette Diabaté, originaire du sud mais mariée à un nordiste, ne coiffe tous les autres candidats sur le poteau.

Il va de soi que le choix du futur Premier ministre est le principal défi auquel fait face dans l’immédiat Laurent Gbagbo. Car son gouvernement aura d’abord la tâche de «préparer les échéances électorales afin d’avoir des élections crédibles et transparentes». Le chef de gouvernement aura donc à diriger, deux années et demi durant, une équipe nécessairement composite et formée de ministres se regardant en chiens de faïence. Autant dire que sa tâche sera des plus difficiles, surtout parce que une si longue «transition» a toutes les chances d’avoir à surmonter de nombreux obstacles, avant la date fatidique d’octobre 2005 (élections présidentielle et législatives). Car il faut d’ici là établir - ou rétablir - des listes électorales, alors que cela ne peut se faire sans l’établissement préalable d’une carte nationale d’identité fiable et acceptée par tout le monde, mais aussi l’établissement des cartes de séjour destinées aux étrangers. Comment va-t-il accomplir ces différentes tâches, dans un pays gangrené par le trafic généralisé des pièces d’identité et dont de nombreux bâtiments publics (dans le nord comme dans l’ouest) ont été récemment pillés et vidés de leurs dossiers ?

Plus délicat encore, la gestion du désarmement et du cantonnement des rebelles, qui a été confiée elle aussi au gouvernement. Les délégués présents à Marcoussis se sont accordés sur «le regroupement de toutes les forces», dans le but de constituer une nouvelle armée, avec l’aide de la France, ainsi que sur une amnistie des mutins ayant participé aux différentes rébellions. Depuis quand, au juste ? Depuis le fameux putsch de Noël 1999 ? Cette question cruciale, véritable pierre d’achoppement dans toutes les négociations intervenues depuis le 19 septembre, n’a apparemment pas fait l’objet d’un accord précis et détaillé à Marcoussis, les délégués préférant la renvoyer au futur gouvernement. Or, les gouvernements dits «de transition» sont non seulement difficiles à mettre en place (voir à ce propos les péripéties des accords de Lusaka signés entre les belligérants du Congo démocratique), mais ils ont également tendance à ne pas tenir longtemps (voir à ce sujet ce qui est arrivé à ceux d’Angola, entre Luanda et l’Unita de Jonas Savimbi).

Cette question est d’autant plus délicate que les rebelles ne forment pas un «front» unique, même si leur collaboration est évidente. En réalité l’implantation géographique (et en partie ethnique), les motivations profondes, comme les «parrainages» extérieures ne sont pas les mêmes, entre d’un côté le MPCI et de l’autre le MPIGO et le MJP. Le premier bénéficie d’un incontestable appui populaire dans le nord, où il entre en concurrence directe avec le RDR d’Alassane Ouattara, ainsi que l’aide en tous genres du Burkina Faso de Blaise Compaoré, qui doit tenir compte des quelques trois millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire.

Les deux autres mouvements rebelles ont eux-mêmes indiqué ne pas avoir de programme politique, en dehors du renversement de Laurent Gbagbo, qu’il accusent d’être responsable de l’assassinat de Robert Gueï, l’ancien président originaire du Grand Ouest. Plus grave, il est difficile d’évaluer la représentativité réelle de leurs chefs présents à Paris, mais aussi leur véritable puissance militaire, car, il est désormais prouvé que l’essentiel des combats qui ne cessent de s’étendre à l’Ouest est le fait de soldats libériens visant à contrôler par tous les moyens la «boucle du cacao» ivoirien. L’armée française préfère parler, pour l’heure «d’éléments incontrôlés». Ce qui signifie que nul n’est apparemment en mesure - en dehors de Charles Taylor, qui s’en défend - de peser sur leur comportement. Or, l’histoire récente de la Guinée, du Sierra Léone et surtout du Libéria nous apprend que le Libéria de Charles Taylor est la principale source de conflit et de régression politique en Afrique occidentale. Une menace qui plane toujours sur les voisins. C’est peut-être pour cela que le président libérien a décidé, dans un premier temps, de ne pas se rendre à Paris, où il commence à être montré du doigt. Avant de changer d'avis.

CÔYE D'IVOIRE. Seydou Diarra à la tête du gouvernement

Quelques heures ont suffi aux chefs d’Etat qui participent à la conférence de Paris sur la Côte d’Ivoire pour se mettre d’accord sur le nom du futur Premier ministre ivoirien et la composition du gouvernement «de consensus» qui aura la lourde tâche de gérer le pays jusqu’aux élections de 2005. Seydou Diarra, un musulman originaire d’Odjenné (Nord de la Côte d’Ivoire, actuellement sous contrôle des rebelles du MPCI) qui a déjà dirigé le gouvernement ivoirien au lendemain du putsch de Noël 1999, a été choisi comme premier ministre, selon une source citée par l’Agence France Presse, qui a précisé que l’annonce officielle de cette nomination sera faite samedi après-midi par le président ivoirien Laurent Gbagbo à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris.

Seydou Diarra faisait partie des candidats officieux à la Primature, car il avait assuré d’octobre à décembre 2001 la délicate présidence du Forum de réconciliation nationale d’Abidjan, censé mettre un terme aux violences politiques et doter le pays d’un gouvernement d’union nationale qui a finalement en partie volé en éclats au lendemain du déclenchement de la rébellion, le 19 septembre dernier. Agé de 70 ans, Seydou Diarra a également participé, en tant que «sage», à la rencontre de Marcoussis, qui a abouti à un accord de principe vendredi dernier.

Seydou Diarra devrait diriger un gouvernement de réconciliation nationale composé de neuf ministres d’Etat représentant à égalité les trois grandes formations politiques (FPI, PDCI et RDR) et les rebelles. En choisissant Seydou Diarra, Laurent Gbagbo accepte le départ de Pascal Affi N’guessan (FPI) mais peut désormais compter sur un Premier ministre proche du PDCI de feu Houphouët-Boigny, mais qui a sa confiance, et qui disposera des délégations nécessaires pour la gestion de la transition, sans toutefois bouleverser le paysage administratif actuel.

Presque au même moment, au cours d’une longue suspension de séance, le président Laurent Gbagbo, s’exprimant pour la première fois depuis la signature de l’accord de Marcoussis, a déclaré qu’il considérait comme «acceptable et souhaitable» l’accord de Marcoussis. Et ce à l’issue d’une longue rencontre avec Jacques Chirac, le président gabonais Omar Bongo et le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.

De leur côté, les rebelles du MPCI ont annoncé qu’ils rentreront mardi prochain à Bouaké pour «expliquer l’accord à la base». «Cet accord est bon, c’est notre accord», a précisé le porte-parole Konaté Sidiki, avant d’ajouter : «Après, nous irons à Abidjan, car c’est là que l’accord doit s’appliquer, c’est là que se trouvera le gouvernement de réconciliation nationale. Nos amis français nous ont garanti que notre sécurité sera assurée».

Seydou Diarra : Technicien Respecté

Actif sur les scènes politique et économique de son pays depuis une quarantaine d’année, Seydou Diarra a largement fait la démonstration de sa principale qualité : il peut travailler avec tout le monde. Mais son talent suffira-t-il à faire accepter ce choix aux Ivoiriens ?

Le nouveau Premier ministre ivoirien, Seydou Elimane Diarra, a déjà deux atouts : l’âge et l’expérience. Il fêtera ses soixante-dix ans le 23 novembre prochain et il est, de longue date, un acteur engagé de la vie publique ivoirienne, tant aux niveaux politique qu’économique, et aussi bien sur les plans national, qu’international.

Ingénieur agronome de formation, Seydou Diarra a notamment exercé ses compétences professionnelles au sein de la Caisse de stabilisation des prix des produits agricoles (la Caistab, aujourd’hui disparue), ainsi qu’à la tête de plusieurs sociétés agro-industrielles. Ses qualités de technicien le désignent pour devenir ambassadeur, au Brésil et auprès de la Communauté économique européenne. Il occupe enfin le fauteuil de président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, avant d’être rattrapé par l’accélération des événements dans son pays.

Peu après le coup d’Etat militaire de Noël 1999, à partir de janvier 2000, les tractations vont bon train pour tenter de monter une équipe de transition. Il va accepter le poste de Premier ministre que lui propose le chef de la junte au pouvoir, le général Robert Gueï. Une curieuse cohabitation s’installe en Côte d’Ivoire, au sein de laquelle on retrouve des militaires putschistes et des membres de partis politiques, du FPI du futur candidat Laurent Gbagbo pour l’essentiel. Ce dernier lui rendit d’ailleurs un vibrant hommage pour le travail accompli en prenant ses fonctions, une fois élu. Et dans les jours qui suivirent, il fût placé à la tête de la délégation chargée d’effectuer une tournée d’explications à Washington et à New York, auprès des grandes administrations politique et économique, américaine et internationale.

Il peut travailler avec tout le monde

Mais sa principale contribution au service de son pays restera sans doute le rôle qu’il joua à la tête du forum de réconciliation nationale, en 2001. L’affaire est menée honnêtement, et jusqu’à son terme. On évoque alors la Commission vérité et réconciliation sud-africaine (Truth and Reconciliation Commission), chargée d’entendre les victimes de l’apartheid et d’engager des poursuites contre leurs bourreaux. Seydou Diarra écoute et prend conseil : il est notamment reçu à Libreville à cette époque par le président Bongo, toujours attentif au dossier, comme nous le voyons aujourd’hui encore. Seydou Diarra réussit même à faire venir témoigner les quatre principaux acteurs : le général Gueï (ex-chef de la junte au pouvoir), Henri Konan Bédié (PDCI), Alassane Ouattara (RDR) et le président de la République en personne. Et les 22 et 23 janvier 2002, à Yamoussoukro, les quatre hommes se rencontrent et conviennent que la délivrance d’un certificat de nationalité au leader du RDR ouvrirait la voie à un retour rapide de la paix et de la stabilité.

La suite de l’histoire est celle de l’inexorable montée des périls. Malgré des mois de vaines tentatives, cette résolution n’aura jamais de traduction concrète. En juin, Seydou Diarra renonce. La formule de gouvernement d’union nationale mise sur pied par le président Gbagbo ne fonctionne pas. La Côte d’Ivoire entre en guerre civile le 19 septembre.

Si les conditions de l’accession de Seydou Diarra à la primature ne sont pas les meilleures, c’est certainement moins sa personnalité que les circonstances de son arrivée qui sont en cause. Les apparences sont sauves mais, à l’évidence, il n’a pas été choisi par les Ivoiriens mais par les parrains du processus de réconciliation. Le président français, son homologue gabonais et le secrétaire général de l’ONU (dont Seydou Diarra a été l’envoyé spécial lors des dernières élections au Cameroun) ont dû longuement entourer le chef de l’Etat ivoirien, à la veille du sommet, pour le convaincre de la pertinence de ce choix. Toutefois Seydou Diarra dispose, outre ses compétences de technicien, d’un capital inestimable : il a prouvé qu’il pouvait travailler avec tout le monde. Dernière qualité, enfin : il n’a pas d’ambition politique et, à ce titre, ne constitue donc une menace pour personne.

Seydou Diarra est musulman de confession, originaire de la ville de Katiola. Il est marié et père de sept enfants.

PARIS. Koulibaly a quitté la Table Ronde

Premier coup d’éclat à Marcoussis: le président de l’Assemblée nationale ivoirienne a quitté précipitamment la réunion inter-ivoirienne de Marcoussis, après avoir mis en cause les méthodes quelque peu «à la hussarde» utilisées par Pierre Mazeaud.

Mamadou Koulibaly a littéralement claqué la porte. Visiblement agacé par la méthode employée par le président de la table ronde de Marcoussis, l’ancien ministre français Pierre Mazeaud, le président de l'Assemblée nationale ivoirienne, également membre du FPI (le parti de Laurent Gbagbo), a quitté lundi après-midi la réunion de réconciliation et a aussitôt regagné Abidjan, où il a été aussitôt reçu par le président de la République. Toujours partisan du langage franc, Mamadou Koulibaly avait auparavant mis les pieds dans le plat à plusieurs reprises, lors des réunions plénières de la table ronde, en s’adressant tout à la fois à ses concitoyens ivoiriens et au «coordonateur» français.

Interrogé par Boniface Vignon de la rédaction Afrique de RFI, le président de l’Assemblée nationale a reconnu avoir été souvent irrité, en tant qu’Africain et en tant que responsable de l’Etat ivoirien, par Pierre Mazeaud, et notamment d’avoir été «rabroué» par celui-ci. Il n’a visiblement pas supporté que l'ancien ministre français ait quelque peu imposé ce qu’il a qualifié de «consensus à la hussarde» sur des questions somme toute secondaires. Sans affronter les «vrais problèmes» qui concerne directement la paix la Côte d’Ivoire, à commencer par le désarmement et le cantonnement des forces rebelles préconisé dès la première rencontre de la CEDEAO à Accra (Ghana).

«Mazeaud est trop favorable aux rebelles»

«J’ai constaté que Pierre Mazeaud était en train de faire un coup d’Etat constitutionnel. Ce que les rebelles n’ont pas réussi à faire militairement, il le fait à Marcoussis, a déclaré mercredi matin Mamadou Koulibaly. Au lieu de rappeler les procédures constitutionnelles, de condamner l’usage des armes, M. Mazeaud a renversé le problème: ce ne sont plus les rebelles, c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui se retrouve à la barre des accusés». Pour le président de l’Assemblée nationale, «la méthodologie de travail de Pierre Mazeaud, son comportement et ses propos au cours de la table ronde ne sont pas de nature à favoriser un travail serein, surtout pour quelqu’un comme moi. Il fait pression pour que nous changions nos textes pour plaire aux rebelles». Selon lui le médiateur «est trop favorable aux rebelles et au RDR». «C’est le président de la République qui est parti, par respect des textes, des juges et de la Constitution. Moi je ne pouvais pas accepter cela, mais le reste de la délégation travaille et continue de discuter. On attend que les chefs d’Etat de réunissent et nous assumerons leurs décisions» a-t-il conclu.

Mamadou Koulibaly - on le savait déjà - n’aime pas le langage des diplomates et leur langue de bois. Récemment, lors d’un débat à la télévision ivoirienne, il avait mis en cause le président burkinabè Blaise Compaoré, en affirmant qu’il voulait conquérir la Côte d’Ivoire pour offrir un port sur l’Atlantique à son pays. En ajoutant que, selon, lui, «l’ennemi de la Côte d’Ivoire, ce n’est pas Alassane Ouattara, mais Blaise Compaoré».

Dès les premières séances plénières de la table ronde de Marcoussis, Mamadou Koulibaly a, selon des sources citées par le quotidien Fraternité Matin, contesté la nationalité ivoirienne du président du RDR Alassane Ouattara et demandé aux institutions internationales (le FMI et la BECEAO) dans lesquelles ADO a travaillé dans le passé de mettre leurs dossiers à la disposition du sommet de Paris. Il aurait également soulevé un autre lièvre susceptible de provoquer de nouvelles polémiques: le financement de la rébellion, qui dispose visiblement d’un armement moderne et d’importants moyens de communication et de transport.

Avant même de quitter Abidjan pour Paris, Mamadou Koulibaly avait publiquement soutenu que son parti ne devait pas s’asseoir autour de la table des négociations en étant sur la défensive. Au contraire, selon lui, il convenait d’accepter l’invitation française afin de pouvoir enfin aborder toutes les questions concernant la crise ivoirienne, même si cela pouvait mettre en cause des pays voisins.

Après avoir reçu le président de l’Assemblée, Laurent Gbagbo a tenu à faire savoir mardi soir qu’il n’avait pas demandé à Mamadou Koulibaly de revenir en Côte d’Ivoire. Ce qui signifie que les négociations de Marcoussis peuvent se poursuivre, même si le retrait retentissant d’une des figures les plus connues d’Abidjan traduit le désenchantement de certains délégués en provenance d’Abidjan (notamment au sein du FPI), qui n’ont toujours pas accepté d’être mis sur un pied d’égalité avec des rebelles responsables du déclenchement de la «guerre civile larvée» en cours depuis plus de quatre mois.

Pour les partisans de Laurent Gbagbo, la question essentielle à affronter à Marcoussis, et qui conditionne l’avenir politique du pays comme le retour à la paix, demeure le cantonnement des rebelles et la reprise du travail de l’administration sur l’ensemble du territoire. Alors que dans de nombreuses villes contrôlées par la rébellion les bâtiments administratifs ont été abondamment pillés et vidés. Ce qui ne peut que retarder encore plus l’éventuelle révision des listes électorales et l’établissement des cartes d’identité ivoiriennes comme des cartes de séjour pour les étrangers.

MONROVIA. Les Libériens attaquent à l’Ouest

A l’ouest de la Côte d’ivoire, une recrudescence des attaques armées contre les positions tenues par l’armée française font peser une lourde menace sur les négociations inter ivoiriennes de Marcoussis. Le Mpigo et le MJP sont tenus responsables des dérapages occasionnés par leurs éléments libériens.

Les légionnaires français du 21ème REP (Régiment étranger de parachutistes) sont la cible, depuis quelques jours, d’attaques répétées des mouvements rebelles de l’ouest, dans la région de Duékoué. Ces attaques seraient l’œuvre «d’éléments incontrôlés» du Mpigo et du MJP : des Libériens. Selon des sources militaires françaises, ils seraient plusieurs milliers à s’être infiltrés en Côte d’Ivoire. A Duékoué, les Libériens auraient attaqué aux lance-roquettes, avant d’être repoussés par les patrouilles françaises qui ont relevé deux blessés graves dans leur camp. L’un d’eux a été amputé de l’avant-bras. A Toulépleu, les Libériens ont encerclé les forces loyalistes ivoiriennes, tentant de leur reprendre la ville.

Selon un communiqué de l’état-major de l’opération Licorne à Abidjan, «il est maintenant avéré que des bandes importantes d’incontrôlés venant du Libéria ont fait intrusion en territoire ivoirien dans la région de Toulépleu, depuis le 22 janvier après-midi. Ces bandes font régner un climat de violence grave sur les populations ivoiriennes frontalières et leurs exactions sont à même de remettre en cause le statu quo issu de la signature de cessation des hostilités entre le gouvernement ivoirien et les rebelles de l’ouest». L’état-major des Forces armées ivoiriennes qui avait menacé de faire décoller des hélicoptères de combat Mi-24, en a été dissuadé par le général Emmanuel Beth, commandant l’opération Licorne en Côte d’Ivoire qui veut éviter «tout dérapage». Mais de sources diplomatiques à Paris «on n’émet aucune objection à l’utilisation de ces hélicoptères, si les ripostes ne dépassent pas la ligne de front tenue par les Français». Pour le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, François Rivasseau, «les lignes ne doivent pas bouger. C’est une règle de base qu’il faut respecter pendant que la conférence se tient».

«C’est une affaire entre Gbagbo et Taylor»

Les rebelles du Mpigo, directement mis en cause, démentent toute implication dans les différentes attaques de Toulépleu et de Duékoué. Ils reconnaissent que ces attaques ont été menées par des Libériens mais qui n’appartiendraient pas à leur mouvement. Pour Félix Doh, un des responsables des opérations militaires du Mpigo, et présent à Marcoussis, «le gouvernement d’Abidjan avait cautionné des mercenaires qui ont attaqué le Libéria, et aujourd’hui subit une réaction des Libériens. Cela ne nous regarde pas. C’est une affaire entre Gbagbo et Taylor», dit-il avant d’affirmer qu’aucun soldat se revendiquant du Mpigo ne se trouverait à Toulépleu.

Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, se référant au communiqué de l’état-major de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, parle effectivement d’infiltration de «Libériens» en territoire ivoirien. Les renseignements des forces françaises sont précis. Ils mettent en cause des bandes venues de l’étranger (Libéria), sans nommément accuser le Libéria et son président Charles Taylor. De source diplomatique ces dernières évolutions de la crise ivoirienne oblige à une «approche nouvelle de la situation», et on ne serait pas loin d’une agression étrangère à Toulépleu. «La France ne pourrait tolérer une libérialisation de la Côte d’Ivoire», déclare François Rivasseau, le porte-parle du ministère français des Affaires étrangères.

Mugabe invité à Paris

«Scandaleux», a protesté Clare Short, la secrétaire d’Etat britannique du Développement international, à l’annonce de l’invitation lancée par Jacques Chirac à Robert Mugabe. En conviant le chef de l’Etat zimbabwéen au prochain sommet des chefs d’Etat africains, qui se tiendra à Paris du 19 au 21 février, Jacques Chirac a choqué la Grande-Bretagne. Et ce, d’autant plus que les sanctions « ciblées» prises l’an dernier par l’Union européenne (UE) à l’encontre des dirigeants zimbabwéens, sont sur le point d’être prolongées.

La Grande-Bretagne entend peser de tout son poids pour que les ministres des Affaires étrangères de l’UE, en réunion le 27 janvier à Bruxelles, renouvellent des sanctions qui ont pour principal effet d’empêcher les dirigeants zimbabwéens de se rendre en Europe. La France pourrait néanmoins demander une dérogation. Cette possibilité est prévue dans le texte des sanctions, à condition que les visites s’inscrivent dans un «dialogue politique visant à promouvoir la démocratie, l'Etat de droit, et les droits de l'Homme au Zimbabwe».

A en croire un diplomate européen en poste à Pretoria, le vieux complexe de Fachoda continue d’expliquer l’attitude du président français. L’éternelle rivalité des anciennes puissances coloniales avait déjà incité Jacques Chirac à choquer Londres, en recevant le 6 mars 2001, Robert Mugabe au palais de l’Elysée. Une «visite privée» au cours de laquelle il avait surtout été question de la République démocratique du Congo (RDC). Aujourd’hui, le Quai d’Orsay prend le soin d’indiquer que la France «comprend l'émotion et l'indignation du peuple britannique», tout en insistant sur sa «ferme conviction d’avoir agi de façon conforme à la réglementation».

Un «deal» sur les voyages de Mugabe

En Grande-Bretagne, l’indignation est telle que le Zimbabwe est en passe de devenir une question de politique intérieure. Les conservateurs ont demandé des explications au gouvernement travailliste de Tony Blair sur sa position à l’égard de Harare. Le Premier ministre britannique a appelé, en vain, l’équipe nationale de cricket à boycotter les matches qui seront organisés au Zimbabwe lors de la prochaine Coupe du monde. Ces appels n’ont pas empêché des tractations, dans les coulisses de l’UE, en vue d’un «deal» sur les voyages de Mugabe. Londres fermerait les yeux sur la visite parisienne, en échange d’un «non» formel de l’UE à la présence de Robert Mugabe lors du prochain sommet Afrique-UE, prévu au mois de mai au Portugal.

Au Zimbabwe, l’invitation de Jacques Chirac est déjà présentée comme un triomphe diplomatique. A en croire le quotidien pro-gouvernemental The Herald, «l’invitation intervient à la suite d’un échec continuel de la Grande-Bretagne dans sa campagne contre le Zimbabwe». L’éventuelle prolongation des sanctions européennes n’inquiète nullement le gouvernement. «Ce n’est pas notre problème», a affirmé Willard Chiwewe, un secrétaire du ministère des Affaires étrangères. «Tout ce que nous savons, a-t-il ajouté, c’est que nous avons été invités à Paris, et que nous avons accepté l’invitation. Ce sommet est pour les Africains, et nous sommes Africains».

L’opposition du Mouvement pour le changement démocratique (MDC ) a, de son côté, vivement critiqué les pays qui voient en Robert Mugabe un interlocuteur crédible. Après l’élection présidentielle des 9 et 10 mars 2002, entachée de nombreuses violences politiques et d’irrégularités, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont refusé de reconnaître Robert Mugabe comme un chef d’Etat légitime. Aussi Morgan Tsvangirai, le leader du MDC, a-t-il accusé jeudi la France de «maintenir une tradition de soutien aux dictatures, à l’encontre des aspirations démocratiques du peuple du Zimbabwe». Il s’en est plus particulièrement pris à l’Afrique du Sud, qu’il a accusée d’être un «médiateur partial, hypocrite et malhonnête» dans la crise zimbabwéenne. Kgalema Mothlante, le secrétaire général du Congrès national africain (ANC), a répondu à ces attaques en assurant avoir des liens avec l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir), tout comme avec l’opposition. Il a cependant décrit la Zanu-PF comme un «parti frère», et le MDC comme un «tout nouveau mouvement de protestation, apparu seulement avant les dernières élections de janvier».

Né en 1999 d’un mouvement syndical, le MDC aurait peut-être remporté les élections de mars dernier, s’il avait pu compter sans la fraude, dénoncée par tous les observateurs électoraux accrédités par Harare - à l’exception notable de la délégation envoyée par Thabo Mbeki. Le président sud-africain, qui sera également au sommet de Paris, plaide inlassablement pour une approche «constructive» de la crise au Zimbabwe.

 

TOGO. POUR LA PRÉSIDENCE À VIE:GÉNÉRAL EYADÉMA

En modifiant l’article 59 de la Constitution, l’Assemblée nationale offre au général Eyadema la possibilité de se représenter pour un troisième mandat de cinq ans. Les députés togolais ont estimé que la limitation des mandats présidentiels portait «atteinte à la liberté du peuple de choisir librement son président».

C’était l’une des dispositions essentielles de l’accord-cadre conclu entre l’opposition et la mouvance présidentielle en juillet 1999: deux mandats présidentiels de cinq ans, et pas plus. Mais au fur et à mesure qu’approchait l’échéance de l’élection présidentielle, au mois de juin 2003, la question taraudait tous les acteurs et observateurs de la vie politique togolaise. Désormais l’affaire est réglée: le général Gnassingbé Eyadéma, arrivé au pouvoir après un putsch en 1967 et doyen des chefs d’Etat africains en exercice, pourra briguer un troisième mandat de cinq ans en juin 2003.

La modification de la Constitution adoptée au cours de cette nuit du 30 au 31 décembre avait été accompagnée, au cours de l’année écoulée, d’un retour en force du sujet sur la scène politique nationale. Depuis plus d’un an, en effet, les amis du chef de l’Etat togolais avaient entamé les travaux préliminaires, conduits notamment par le président de l’Assemblée nationale et l’ancien Premier ministre. Les deux hommes avaient été démentis par le président lui-même qui avait alors maintes fois réaffirmé son intention de respecter à la lettre la Loi fondamentale. «En 2003, je vais me reposer», avait dit le président Eyadéma à l’AFP en juillet 2001. Désormais il dispose donc d’un texte qui lui laisse le choix de poursuivre sa carrière dans le cadre d’une légalité constitutionnelle ajustée à sa mesure.

Certes, Gnassingbé Eyadéma n’est pas obligé de s’en servir. Après plus de trente-cinq ans passés à la tête du pays, au cours desquels il aura vu le paysage politique de toute la région se transformer plus ou moins radicalement sous l’influence d’une incontestable démocratisation des régimes, il peut toujours choisir de prendre sa retraite. Mais ses opposants semblent au contraire persuadés qu’il ne le fera pas et que la modification de l’article 59 n’a pas d’autre objectif que d’assurer la pérennité de son pouvoir. L’opposition, qui anticipait un mauvais coup, estime que le processus qui a conduit à cette décision est une «mascarade» (Edem Kodjo, Convergence patriotique panafricaine), qu’il s’agit d’un «acte de parjure» de la part du président (Léopold Gnininvi, le Front), «un coup de force» contre lequel le peuple togolais est appelé à se mobiliser immédiatement (Jean-Pierre Fabre, Union des forces de changement).

Les ratages du calendrier électoral

Sur le plan international, ce dernier épisode risque de ternir un peu plus la réputation de ce pays et renvoyer à plus tard la normalisation de ses relations avec la communauté internationale. La dégradation de ces relations remontent au début des années 90, avec la répression sanglante des manifestations d’opposants réclamant une libéralisation du régime, toujours promise, toujours remise. Alors que le continent s’affranchit peu à peu de ses dictateurs, le régime togolais s’enfonce dans une dérive autoritaire qui entraîne le pays dans une crise économique et sociale dont il ne se relève pas. En 1992 l’Union européenne (UE) rompt ses relations avec Lomé, puis les reprend en 1995 pour finalement, face à une mauvaise volonté politique évidente de la part des autorités togolaises, les interrompre à nouveau en 1998. Le 2 juillet dernier, le directeur de la banque mondiale chargée du secteur de l’énergie en Afrique plaçait le Togo devant le Zimbabwe dans la liste des pays sources de difficultés.

Entre-temps tous les grands rendez-vous du calendrier électoral sont des ratages successifs au cours desquels les électeurs, impuissants, assistent à la confiscation de leurs votes. Les leaders d’opposition vivent dans la menace ou en exil. L’UE, la Francophonie, tentent des médiations. Elles se solderont par des échecs. Et circule de plus en plus l’idée que l’intérêt de la classe dirigeante togolaise est que l’aide publique ne reprenne pas, compte tenu des conditions de démocratisation posées par la communauté internationale pour la reprise de cette aide. Un spécialiste allemand cité par le quotidien français Le Figaro, déclarait l’année dernière: «De toute façon, là-haut, leurs poches sont déjà pleines…»

Au cours de la nuit, l’amendement de la Constitution togolaise n’a été que pure formalité. Le parti présidentiel totalise 72 sièges sur 81 à l’Assemblée nationale depuis le scrutin législatif d’octobre dernier, boycotté par l’opposition. La modification de l’article 59 a donc été approuvée à l’unanimité. Autre changement: ce sera un scrutin à un seul tour, et non pas deux, ce qui évitera, le cas échéant, au président sortant l’humiliation d’avoir à affronter en combat singulier un opposant devant les électeurs.

KENYA. DANIEL arap MOI, LE DINAUSORE  QUITTE LE POUVOIR. 

Le président Daniel arap Moi ne se représente pas à l’occasion des élections générales du vendredi 26 décembre au Kenya. Après 24 ans de règne, il laisse ses «héritiers» se disputer la succession.

La chose n'est pas si fréquente : un «dinosaure» africain d'en va sur la pointe des pieds. Au soir de vingt-quatre ans de règne, Daniel arap Moi, le président kenyan, a décidé de respecter la constitution de son pays, qui lui interdit un troisième mandat, et de passer la main.

Ainsi se clôt un quart de siècle de règne d'un des présidents les plus mystérieux du continent, réputé féroce tacticien et manśuvrier politique au point, soupçonné de ne jamais vouloir abandonner volontairement le pouvoir, et dont nul ne savait, un an avant ce scrutin, s'il ne tenterait pas un coup de force constitutionnel en imposant sa candidature, une nouvelle fois. Mais Daniel arap Moi a choisi de quitter le pouvoir avec une élégance à laquelle il n'avait habitué le Kenya.

Daniel arap Moi est devenu président en 1978, à la mort du premier président Jomo Kenyatta dont il était le vice-président. Dans les années 80, suite à une tentative de coup d'Etat d'officiers de l'armée de l'air, il avait versé dans un autoritarisme de plus en plus sévère, qui avait déclenché de vastes manifestations de protestation, et le retour au multipartisme en 1991. Depuis, lors des deux élections présidentielles au suffrage universel de 1992 et 1997, il était parvenu, face à une opposition minée par ses divisions, et en usant de violence et de tricherie, à l'emporter.

Des cinq candidats qui s'affronteront vendredi 27 décembre pour lui succéder et devenir le premier président de l'histoire kenyane arrivé au pouvoir au terme d'une transition démocratique, deux seulement sont en mesure de l'emporter.

Mwai Kibaki, 71 ans, est un vieux routier de la politique kenyane, formé dans un moule similaire à celui de Daniel arap Moi, 78 ans, et dont la carrière a commencé avant l'indépendance. Economiste de formation, à la tête du Parti démocratique (DP) après avoir été l'un des piliers de la Kanu, pendant de longues années, il s'est déjà présenté deux fois, sans succès, contre Daniel arap Moi. Il est cette fois à la tęte de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC), vaste coalition d'une douzaine de groupes, mouvements et partis dont le point commun est de s'opposer à la Kanu (l'Union nationale africaine du Kenya), le parti au pouvoir depuis l'indépendance.

Le candidat de la Kanu, Uhuru Kenyatta, est le fils du «père de la nation», Jomo Kenyatta. Lorsque Daniel arap Moi a fait connaître, en aoűt, sa décision de choisir ce «jeune homme» de 42 ans, novice en politique, comme dauphin et de l'imposer comme candidat du parti au pouvoir, la Kanu, il a entraîné l'explosion de son parti. La vieille garde, au sein de laquelle plusieurs héritiers potentiels attendaient leur heure, n'a pas tardé à créer une branche dissidente, puis à faire sécession et à rejoindre les rangs de l'opposition pour constituer une vaste coalition qui s'est donné Mwai Kibaki comme candidat pour la présidentielle. Ce dernier se voit ainsi doté d'une arme à double tranchant. Il a désormais autour de lui un vaste rassemblement de poids-lourds de la politique kenyane, dont les ambitions ont été déçues par la Kanu. Parmi eux, certains font partie des principaux responsables du pillage organisé de l'Etat, au cours des deux décennies écoulées.

Mwai Kibaki, qui a été, dix ans durant, le vice-président de Daniel arap Moi avant d'ętre écarté du pouvoir en 1988 et de devenir le chef de file de l'opposition, saura-t-il répondre aux espoirs des Kenyans en imposant une nouvelle façon de gouverner? L'enjeu est de taille, alors que le pays, miné par la corruption, ne doit qu'au dynamisme de ses entrepreneurs de n'avoir pas été frappé par un désastre économique. Le bilan des années Moi est lourd: la moitié environ de la population vit avec moins d'un dollar par jour dans un pays qui figurait parmi les plus prospères du continent pendant les années 70. En raison de sa gestion douteuse des fonds publics, le Kenya est également privé de soutien par les bailleurs de fonds, Fond monétaire international (FMI) et Banque mondiale en tête.

Dans ce contexte, les élections générales se présentent comme un tournant de l'histoire kenyane. Uhuru Kenyatta, comme Mwai Kibaki, s'est engagé à changer la politique kenyane. Soutenu par de puissants barons du régime, qui l'ont littéralement projeté à ce poste, aurait-il les moyens, en cas d'élection, de s'affranchir de leur tutelle? Rien n'interdit de le penser, d'autant que son parrain, Daniel arap Moi, s'était lui-męme trouvé dans une situation similaire lors de son arrivée au pouvoir en 1978. Nul ne lui prédisait alors une longue carrière à la tête de l'Etat. Il s'y est cependant maintenu un quart de siècle. Mais Uhuru Kenyatta souhaitera-t-il pour autant, en cas de victoire, solder les comptes de l'ère Moi et bénéficier d'un droit d'inventaire sur les malversations de l'entourage présidentiel pendant deux décennies? Ni lui, ni Mwai Kibaki, ne se sont prononcés clairement sur ce point, laissant planer la menace d'une amnistie informelle dans les deux camps.

 

WASHINGTON, DC.   LOTERIE DE VISA 2004

INSTRUCTIONS FOR THE 2004 DIVERSITY IMMIGRANT VISA PROGRAM (DV-2004)

The congressionally mandated Diversity Immigrant Visa Program is administered on an annual basis by the Department of State and conducted under the terms of Section 203(c) of the Immigration and Nationality Act (INA). Section 131 of the Immigration Act of 1990 (Pub. L. 101-649) amended INA 203 to provide for a new class of immigrants known as "diversity immigrants" (DV immigrants). The Act makes available 50,000 permanent resident visas annually to persons from countries with low rates of immigration to the United States.

The annual DV program makes permanent residence visas available to persons meeting the simple, but strict, eligibility requirements. Applicants for Diversity Visas are chosen by a computer-generated random lottery drawing. The visas, however, are distributed among six geographic regions with a greater number of visas going to regions with lower rates of immigration, and with no visas going to citizens of countries sending more than 50,000 immigrants to the U.S. in the past five years. Within each region, no one country may receive more than seven percent of the available Diversity Visas in any one year.

For DV-2004, natives of the following countries1 are not eligible to apply because they sent a total of more than 50,000 immigrants to the U.S. in the previous five years:

CANADA, CHINA (mainland-born), COLOMBIA,DOMINICAN REPUBLIC, EL SALVADOR, HAITI, INDIA, JAMAICA, MEXICO, PAKISTAN, PHILIPPINES, SOUTH KOREA, UNITED KINGDOM (except Northern Ireland) and its dependent territories, and VIETNAM. Persons born in Hong Kong SAR, Macau SAR and Taiwan are eligible.

1 The term "country" in this notice includes countries, economies and other jurisdictions explicitly listed.

ENTRIES FOR THE DV-2004 DIVERSITY VISA LOTTERY MUST BE RECEIVED AT ONE OF THE KENTUCKY CONSULAR CENTER MAILING ADDRESSES BETWEEN NOON ON MONDAY, OCTOBER 7, 2002 AND NOON ON WEDNESDAY, NOVEMBER 6, 2002. ENTRIES RECEIVED BEFORE OR AFTER THESE DATES WILL BE DISQUALIFIED REGARDLESS OF WHEN THEY ARE POSTMARKED. ENTRIES MAILED TO ANY ADDRESS OTHER THAN THE KENTUCKY CONSULAR CENTER ADDRESSES WILL BE DISQUALIFIED.

REQUIREMENTS FOR ENTRY

Applicant must be a native of one of the countries listed. See "List Of Countries By Region Whose Natives Qualify."

Native of a country whose natives qualify: In most cases this means the country in which the applicant was born. However, if a person was born in a country whose natives are ineligible but his/her spouse was born in a country whose natives are eligible, such person can claim the spouse’s country of birth providing both the applicant and spouse are issued visas and enter the U.S. simultaneously. If a person was born in a country whose natives are ineligible, but neither of his/her parents was born there or resided there at the time of the birth, such person may be able to claim nativity in one of the parents’ country of birth.

Applicant must meet either the education or training requirement of the DV program.

Education or Training: An applicant must have EITHER a high school education or its equivalent, defined as successful completion of a 12-year course of elementary and secondary education; OR two years of work experience within the past five years in an occupation requiring at least two years of training or experience to perform. The U.S. Department of Labor's O*Net OnLine database will be used to determine qualifying work experience: http://online.onetcenter.org. Applicants will also find a link to a Labor Department list of qualifying occupations at the Consular Affairs website: http://travel.state.gov

If the applicant cannot meet these requirements, he or she should NOT submit an entry to the DV program.

PROCEDURES FOR SUBMITTING AN ENTRY TO DV-2004

All entries by an applicant will be disqualified if more than ONE entry for the applicant is received, regardless of who submitted the entry.

The entry will be disqualified if the entry is not PERSONALLY SIGNED by the applicant in his/her native alphabet, as it would appear on his/her passport or other official or contractual obligations. Neither an initialed signature nor block printing of the applicant’s name will be accepted and will result in the disqualification of the entry. If an applicant chooses to sign his/her name in the Roman alphabet and that is not their native alphabet, he/she must also sign in his/her native alphabet.

The entry will be disqualified if all required photos are not attached. Recent photographs of the applicant and his/her spouse and each child, including all natural children as well as all legally-adopted and stepchildren, excepting a child who is already a U.S. citizen or a Legal Permanent Resident, even if a child no longer resides with the applicant, must be attached to the entry. The name and date of birth of each family member must be printed on the back of their photo. Group or family photos will not be accepted; there must be a separate photo for each family member. Photos should be attached with tape and not stapled to the entry. If there is insufficient room on the front of the entry, applicants may tape photos to the back of the page.

If photos do not conform to the following specifications, the entry will be disqualified:

SIZE: Between 1 ½ by 1 ½ and 2 by 2 inches (37-50 mm) square, with the applicant’s, spouse's, or child's name and date of birth printed on the back.

Applicant, spouse, or child must be directly facing the camera; the head of the person being photographed should not be tilted up, down or to the side, and should cover about 50% of the area of the photo.

The photo should be taken with the person being photographed in front of a neutral, light-colored background. Photos taken with very dark or patterned, busy backgrounds will not be accepted.

Photos in which the face of the person being photographed is not in focus will not be accepted.

Photos in which the person being photographed is wearing sunglasses or other paraphernalia which detracts from the face will not be accepted.

Photos of applicants wearing head coverings or hats are only acceptable due to religious beliefs, and even then, may not obscure any portion of the face of the applicant. Photos of applicants with tribal or other headgear not specifically religious in nature is not acceptable. Photos of military, airline or other personnel wearing hats will not be accepted.

Photos may be either color or black and white.

THE ENTRY

There is no specific format for the entry. Simply use a plain sheet of paper and type or clearly print in the English (Roman) alphabet the following information. Failure to provide all of this information will disqualify the applicant’s entry.

1. FULL NAME, with the last (surname/family) name underlined

EXAMPLES: Public, Sara Jane (or) Lopez, Juan Antonio

2. DATE AND PLACE OF BIRTH

Date: Day, Month, Year, EXAMPLE: 15 November 1961

Place: City/Town, District/County/Province, Country

EXAMPLE: Munich, Bavaria, Germany

TOGO. Un opposant en prison pour avoir diffamé le chef de l'Etat

Claude Améganvi, l’un des leaders de l’opposition radicale au régime du président togolais Gnassingbé Eyadéma, vient d’être condamné à la prison ferme pour «atteinte à l’honneur» du chef de l’Etat. Il devra purger quatre mois de prison et payer 100 000 francs CFA d’amende.

Le Secrétaire général du Parti des travailleurs (opposition radicale), Claude Améganvi, poursuivi par le ministère public pour «atteinte à l'honneur» du chef de l'Etat et «trouble à l'ordre public», a été condamné vendredi par le tribunal de première instance de Lomé à quatre mois de prison ferme. M. Améganvi doit également verser une amende de 100 000 francs CFA ainsi qu'un franc symbolique «pour le préjudice subi par la partie civile».

L'opposant togolais, condamné aux mêmes peines que le directeur d'un journal d'opposition, Julien Ayi, était poursuivi comme complice dans la publication, début août 2002 par deux journaux togolais, d'un article sur la fortune «présumée» du chef de l'Etat et sa famille. Julien Ayi, directeur de publication de Nouvel Echo, avait attribué la paternité de l'article à Claude Améganvi.

Lors d'un procès-marathon de 13 heures d'horloge, le 6 septembre dernier, M. Améganvi a plaidé non coupable, estimant qu'il n'a jamais été impliqué dans la rédaction et la publication de l'article incriminé. «Non, je ne n'ai pas écrit l'article incriminé. Non, je n'ai pas transmis l'article aux fins de publication. Non, je ne suis pas coupable des charges retenues contre moi, et je demande de ne pas être condamné», avait déclaré Claude Améganvi pour sa défense.

Un réquisitoire «effarant»

Dans sa réquisition, que la défense a qualifié d'«effarante», le procureur de la République, Atara N'Dakéna, avait demandé que les deux prévenus soient condamnés à six mois de prison ferme pour «atteinte à l'honneur» du chef de l'Etat, à 48 mois pour «trouble à l'ordre public» et à une amende de 100 000 francs CFA chacun. Il requiert par ailleurs 66 mois de prison ferme, 100 000 francs d'amende et un mandat d'arrêt contre deux autres prévenus, absents à l'audience. «Tout citoyen qui pose des actes contraires à la loi doit être sévèrement puni», avait déclaré le procureur, estimant que la culpabilité de tous les prévenus était établie.

A l'issue du délibéré, le vendredi 13 septembre, le tribunal n'a retenu que le délit d'«atteinte à l'honneur» pour lequel il condamne les deux prévenus à quatre mois de prison ferme. Le président de l'audience, Milémina Yaba, a estimé que le délit de trouble à l'ordre public «n'est pas constitué» et a décidé de relaxer les prévenus à cet effet. Il a par ailleurs condamné le rédacteur en chef de Nouvel Echo, Alphonse Névamé Klu, en fuite, à six mois de prison ferme, à 100 000 francs d'amende et confirmé un mandat d'arrêt contre lui.

Le collectif de la vingtaine d'avocats qui se sont constitués pour la défense de l'opposant togolais a salué l'«effort» fourni par le juge en rejetant le «délit d'anthropophagie» cité par le ministère public pour justifier l'inculpation de trouble à l'ordre public. La défense continue par contre de nier la culpabilité de son client et qualifie sa condamnation d'«injuste». «Pour nous avocats de la défense, notre client n'a rien fait. N'étant mêlé ni de près ni de loin à la publication de l'article incriminé, le condamner à quatre mois d'emprisonnement ferme pour délit d'atteinte à l'honneur, pour nous, paraît injuste et nous allons nous battre jusqu'au bout sur ce chapitre», a déclaré Me Dodji Apévon, un des conseils de M. Améganvi.

En revanche Me Tcitchao Tchalim, avocat de la partie civile, pour qui le verdict salue «une révélation d'un enseignement important, celui de l'utilisation comme couverture de la presse privée par certains leaders de l'opposition qui, dans un combat déloyal face à mon client, utilisent des journalistes pour des coups fourrés». Pour Me Tchalim, les faits sont «totalement constitués», parce qu’au moment où ils se produisaient, Claude Améganvi avait «effectivement contacté le journal et il se trouvait à Lomé».

L'affaire «ministère public contre Claude Améganvi» est encore loin de se terminer. Les avocats ont décidé d'interjeter appel, suite à la décision du tribunal de rejeter toutes les exceptions de nullité soulevées par la défense. Il s'agit notamment de procès-verbaux d'interrogatoire qui ont disparu et des contradictions dans les déclarations du directeur du journal Nouvel Echo, qui a également affirmé à la barre qu'il a signé ses dépositions sous la contrainte. Il faut souligner, enfin, que l'article incriminé était diffusé le 25 juillet 2002 sur Internet par Eloi Koussawo, un réfugié togolais en Belgique, que le tribunal a finalement décidé de ne pas condamner pour faute d'éléments de preuves, après l'avoir poursuivi dans le dossier.

 

ABIDJAN, DESCENTE MUSCLÉE DANS LES LOCAUX DE JOURNAUX
 Des policiers en uniforme ont effectué une descente musclée dans les locaux d'un groupe de journaux d'opposition à Abidjan à la suite de la publication d'un article concernant le ministre de l'Intérieur Emile Boga Doudou, rapporte mercredi la presse ivoirienne.

Selon de nombreux journaux, qui ne cachent pas leur indignation, une dizaine de policiers a fait irruption  vers 12h00 locales au siège des éditions Mayama, qui éditent notamment les quotidiens Le Patriote et Tassouman, deux publications proches du Rassemblement des Républicains (RDR), parti d'opposition dirigé par Alassane Ouattara.

Le matin même, Tassouman avait fait son principal titre de "une" sur le braquage supposé d'une voiture officielle du ministre de l'Intérieur Emile Boga Doudou, l'un des hommes forts du gouvernement.

Pour le quotidien, cette information, qui devait s'avérer erronée, démontrait "l'impuissance du régime" face à l'insécurité urbaine et constituait une "humiliation" pour la police.

La descente policière, relatée par toute la presse avec force détails et plaques minéralogiques à l'appui, est intervenue quelques heures plus tard, alors que les responsables du journal étaient au ministère de l'Intérieur pour discuter de l'affaire et mettre au point un rectificatif.

Plusieurs employés et journalistes auraient été malmenés, tandis que des bureaux étaient mis sens dessus dessous, comme en témoignent des photos. En quittant les lieux, les policiers ont lancé deux grenades lacrymogènes.

Même le quotidien Le National, connu pour son opposition virulente à Alassane Ouattara, a condamné cette descente "qui n'est pas à l'honneur de ceux qui l'ont posé".

Officiellement, le ministre de l'Intérieur a diffusé un communiqué dans lequel il se déclare "nullement concerné par les actes rapportés dans la presse", tout en annonçant toutefois une enquête "pour savoir si les éléments mis en cause relèvent de son département".

Pour sa part, le RDR a dénoncé mercredi l'opération de police contre ses publications.

"L'agression du quotidien d'informations générales Le Patriote par une dizaine de policiers se réclamant de la garde rapprochée du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de la décentralisation, est un cas flagrant" des "violations flagrantes et répétées des droits de l'Homme qui se traduisent par des arrestations, des emprisonnements et des détentions arbitraires", déclare la numéro 2 du parti, Henriette Diabaté, dans un communiqué.

Mercredi soir, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ancien parti unique, associé au gouvernement actuel) dénonçait à son tour cette "descente punitive" qui "rappelle les régimes fascistes".

"La Côte d'Ivoire, qui doit rester un Etat de droit, ne saurait tolérer ces manquements aux principes élémentaires de la démocratie", conclut le PDCI dans un communiqué.

CAMEROUN. Des anciens putschistes dans la galère

Onze officiers accusés d’être impliqués dans des tentatives de coup d’Etat en 1983 et 1984, ont saisi la justice. Ils se plaignent d’une mauvaise application de la loi d’amnistie de 1991.

Ils étaient quatorze officiers, tous originaires du Nord, accusés d’être impliqués, malgré leurs dénégations, dans la mutinerie du 6 avril 1984, dont on avait prêté la paternité à Amadou Ahidjo, premier chef de l’Etat du Cameroun indépendant, qui avait démissionné de ses fonctions en novembre 1982. Onze d’entre eux tentent aujourd’hui de relancer la machine judiciaire. C’est une question de droit autant qu’une affaire de survie. Le problème? En décembre 2000, le président Biya signe une série de décrets se rapportant à cette «affaire». Le contexte ne semble pas être pour peu dans cette réaction présidentielle: Yaoundé doit accueillir, début janvier 2001, le 21e sommet France-Afrique, et les hommes en treillis menacent de se faire entendre lors de ces assises.

Dans l’ensemble, les décrets, tout en réintégrant les officiers dans l’armée à compter de septembre 1993, les mettent simultanément à la retraite. Il y est par ailleurs précisé que les intéressés ne bénéficient pas d’une reconstitution de leur carrière. Du coup, les militaires concernés, jetés en prison depuis 1983-84 - pour une tentative de coup d’Etat - en tirent la conclusion que leurs carrières venaient d’être amputées de neuf à dix ans. Résultat, calculette à la main. « Nous nous retrouvons avec des pensions inférieures à celle d’un sergent-chef ou d’un maréchal-des-logis-chef », explique le capitaine Hamadjoda Boubakari, un des onze officiers aujourd’hui dans le désarroi. C’est leur première plainte.

Les fonctionnaires civils impliqués dans le putsch de 1983 avaient repris du service

Deuxièmement, aucun d’entre eux n’a effectivement été réintégré dans les forces armées. Or, la loi d’amnistie avait clairement prévu que les personnes amnistiées ayant occupé des emplois publics seraient réintégrées. En troisième lieu, un des décrets sanctionne les officiers pour les fautes dont ils sont accusés. Or, lesdites fautes -et spécialement la subversion- sont couvertes par la loi d’amnistie. D’où l’étonnement de la défense. «En révoquant rétroactivement ces officiers en décembre 2000, pour les fautes commises en 1983 ou 1984, on a gravement violé la loi d’amnistie de 1991», analyse Me Nguefack, avocat de plusieurs officiers. Et de poursuivre: «Juridiquement, on ne peut pas se fonder sur les faits déjà amnistiés pour les révoquer. Sinon, l’amnistie n’a aucun sens».

Autant d’«entorses» au droit qui ont fondé les officiers, considérés comme des «putschistes», à recourir d’abord au Président de la République, puis à la Cour suprême. Car, une forme de discrimination s’est faite jour dans la gestion de ce dossier par les autorités : sur les quatorze officiers concernés trois - tous des officiers supérieurs- ont bénéficié d’une bonne application de la loi d’amnistie. Tous ont vu leur décret de révocation rapporté depuis 1995, et ont été mis à la retraite sur leur demande, leur carrière ayant été reconstituées, sans qu’elles soient amputées des années passées en prison.

Une sorte de politique de «deux poids, deux mesures», qui laisse perplexe «le groupe des onze», dont le cas est, au demeurant, fort isolé. Dès 1993, les civils relevant de la fonction publique et des sociétés parapubliques emprisonnés dans le cadre des événements d’août 1983 et du 6 avril 1984 avaient repris du service ; de même que les policiers, sous-officiers et hommes de rangs, envoyés en prison à la suite des coups d’état manqués de 1983 et 1984, ont été réintégrés dans leurs corps respectifs.

KAMPALA, OUGANDA. Des prêtres torturés pour avoir dénoncé la guerre

Trois prêtres occidentaux ont été arrêtés et menacés de morts par l’armée ougandaise alors qu’ils poursuivaient des pourparlers avec l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord de l’Ouganda. L’Armée ougandaise poursuit une vaste offensive depuis le mois de février dernier dans le Sud Soudan et dans le Nord de l’Ouganda contre ces rebelles qui combattent depuis seize ans le régime de Museveni. Les tentatives de médiations amorcées depuis le mois de juin par les églises et des chefs traditionnels se sont heurtés à la volonté gouvernementale de vaincre cette rébellion par les armes.

Plus on s’éloigne de Kampala sur cette belle route rectiligne qui va à Gulu, du Sud au Nord, plus le paysage devient sec et les véhicules rares. Seize ans de quasi guerre civile ont décimé les troupeaux auparavant nombreux . La population du Nord a été placée dans des camps gardés par l’armée afin d’enlever aux rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur la possibilité de se cacher dans les villages. De ces villages il ne reste bien souvent que des ruines.

Faute de pouvoir s’engager dans des activités autres que de l’agriculture de survivance, les populations des camps survivent essentiellement grâce à l’aide humanitaire. Les boites d’huiles végétale et les sacs de mais frappés du drapeau américain sont presque les seuls produits que l’on trouve dans les petites boutiques des camps, à côté des produits indispensables comme le savon et le sel vendu en petite quantité. Le gouvernement insiste pour que ces personnes chassées de leurs villages payent néanmoins un impot particulièrement impopulaire. Chaque ougandais riche ou pauvre est tenu en effet de payer chaque année un impôt minimum, dit “graduated tax” d’environ 5 euros. Une somme im